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Docteur Albert C. Barnes. De la pharmacie aux cimaises.

Étrange personnage que ce Docteur Barnes… philanthrope solitaire, homme d’affaire de génie, chimiste visionnaire… Il avait une personnalité aussi intrigante qu’exceptionnelle, difficile à cerner. Sa vie est comme un roman, ou plutôt comme une « success story » à l’américaine, auréolée d’une ascension extraordinaire mais assombrie par une fin tragique. Il naît dans une famille des quartiers pauvres de Philadelphie, à Kensington, au même endroit que le grand Rocky Bilboa du cinéma américain. Son père est simple boucher et sa mère, une méthodiste fervente, est la première à l’initier à la culture - la musique et la peinture surtout. Rien ne le prédestinait à des études de médecine et de pharmacie. Pourtant, il entre à l’université de Philadelphie et obtient haut la main son diplôme de médecine à 20 ans. Mais il préfère s’orienter vers la recherche pharmaceutique et décide de partir en Allemagne où les laboratoires ont une très bonne réputation. C’est là-bas qu’il rencontre le jeune chercheur Hermann Hille, qu’il invite à Philadelphie pour l’aider à développer de nouveaux produits.

Le nitrate d’argent  ! Barnes en est sûr, c’est grâce à lui qu’il va pouvoir composer un antiseptique externe révolutionnaire dans le domaine de l’ophtalmologie. Avec Hille, il met au point, en 1899, une solution antiseptique à base de nitrate d’argent pour lutter et prévenir les troubles de la cécité chez le nouveau-né, en particulier les risques liés à l’infection de la gonorrhée. Ce petit collyre bon marché, qu’ils nomment Argyrol, envahit rapidement le marché américain et connaît un succès immédiat, au point de faire la fortune des deux scientifiques. En à peine 5 ans, l’Argyrol rapporte à la Barnes & Hille Company plus de 250 000 $ de l’époque (soit 5,8 m$ aujourd’hui). Pour protéger la poule aux œufs d’or des assauts des concurrents, ils décident de garder le secret de la formule et de ne pas la breveter. Barnes conseille même à Hille de vendre le collyre directement aux pharmaciens pour éviter les contrefaçons.

À la même époque, Barnes se marie avec une jeune fille de la bourgeoisie new-yorkaise. L’ascension sociale est en marche et le bon docteur se plaît en businessman accompli. En 1907, les relations avec Hille se compliquent. Barnes l’évince en lui rachetant ses parts. Désormais seul à bord, il peut enfin se consacrer à une autre de ses passions, la peinture.

Une collection extraordinaire

C’est en 1912 que le docteur demande à son ami William Glackens, devenu peintre, d’être son intermédiaire en Europe pour acheter des toiles d’artistes modernes. Glackens part à Paris avec 20 000 $ en poche et rapporte à son commanditaire une Montagne Sainte-Victoire de Cézanne, un Joseph-Etienne Roulin de Van Gogh, aux côtés d’un Renoir, d’un Picasso, d’un Maurice Denis et d’un Pissarro. Ces premières acquisitions constituent les prémices d’une collection extraordinaire qui comptera plus de 2 500 chefs-d’œuvre.

Albert Barnes se rendra lui-même plusieurs fois à Paris, devenant l’ami de la célèbre collectionneuse Gertrude Stein, intime et mécène de Picasso et de Matisse, elle aussi originaire de Pennsylvanie. Son frère, Léo Stein, est un des critiques les plus en vue, immergé dans le Montparnasse des peintres, confident des galeristes comme Paul Guillaume, il guide le docteur dans les musées et les ateliers d’artistes. Et, à chaque fois, Barnes revient à Philadelphie les bras remplis de Cézanne, de Modigliani et de Renoir (auquel il voue une véritable passion). « Il a tout visité, écrit en 1923, le jeune marchand Paul Guillaume, tout vu, [...] il a acheté, refusé d’acheter, admiré, critiqué, il a plu, déplu, fait des amis, des ennemis. Le tintement aurifère des dollars précédant ses pas, les convoitises devant lui naissaient comme des apparitions, le suivaient, le lutinaient, le pourchassaient comme des feux follets… »

Millionnaire à 35 ans

Et pendant ce temps, l’Argyrol fait son chemin, rapportant toujours plus d’argent, plébiscité à l’export. Barnes, devenu millionnaire à 35 ans, est insatiable en tout. En chimie, comme en peinture, il se passionne, puis construit un empire. Ainsi, il revend sa société pharmaceutique en 1929 à la Zonite Products Corporation pour 6 millions de $ (soit 200 million de $ aujourd’hui). On est juste avant la crise de 1929. Intuition ou coup du sort  ? D’autant plus que l’Argyrol est, à ce moment, mis au banc des remèdes par l’arrivée en masse des antibiotiques. L’âge d’or est fini. Le pharmacien remplace donc ses laboratoires par des peintures aux cimaises de sa fondation privée qu’il a créée pour donner accès à l’art au plus pauvres. Mais sa modernité n’est pas si bien vue par la presse. La Fondation Barnes et son école d’éducation artistique sont critiquées, Picasso et Matisse encore incompris. Trop avant-gardiste le docteur  ?

S’ensuit alors une bataille rocambolesque entre Barnes, qui défend bec et ongles ses nouvelles passions, et une opinion publique très virulente contre cette nouvelle peinture. Comme pour enfoncer le clou, le docteur-pharmacien collectionne de plus en plus, jusqu’à faire venir Matisse pour peindre de grandes fresques aux murs de sa Fondation (toujours visibles). Viennent aux murs de son musée privé le plus beau Seurat, les plus fascinants Modigliani, plus de cent Renoir et les œuvres insolites d’un artiste lituanien encore inconnu, Chaim Soutine (181 Renoir exactement, 69 Cézanne, 59 Matisse, 46 Picasso, 21 Soutine, 18 Henri Rousseau, 16 Modigliani, 11 Degas, 7 Van Gogh, 6 Seurat…).

Anticonformiste

En dehors de toutes normes, définitivement anticonformiste, Barnes va jusqu’à interdire l’accès à son musée aux bourgeois et aux intellectuels – à moins qu’ils ne s’habillent en portier ou en concierge  ! Se sentant plus proche des gens modestes, il privilégie l’accès de sa fondation aux pauvres, aux indigents et aux Noirs, faisant ainsi un pied de nez effronté à l’establishment de Philadelphie. Et il va même jusqu’à signer des lettres d’insultes du nom de Phallus Leucorrhea à tous les bien-pensants qui osent critiquer la nouvelle peinture.

Décidément atypique Albert C. Barnes. Le pharmacien américain aura été un des plus fervents défenseurs de la peinture française en Amérique. Même sa fin tragique dans un accident de voiture, en 1951, alors qu’il brûle un feu rouge et vient s’encastrer dans un « truck », finit de parfaire sa légende. Aujourd’hui, son jardin botanique, l’Arboretum, et les salles du musée de la Fondation Barnes, où les toiles sont encore accrochées comme l’avait voulu le pharmacien, se visitent les yeux écarquillés. Le lieu est magique. Pas une seule mention de l’Argyrol, mais un magnifique portrait d’Albert Barnes par Giorgio de Chirico nous accueille à l’entrée. Pensif, le regard résolu.

Julie Chaizemartin

Le Quotidien du Pharmacien - 30/11/2015


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